Image

Pour un nombre assez significatif de tueurs, certains ont un point en commun : avant de s’en prendre à des êtres humains, ils ont commencé par des animaux. Et cette maltraitance animale démarre généralement à un âge assez jeune. Mais la question est la suivante : celui qui blesse ou tue un animal, va-t-il réellement commettre le même acte sur un humain ? Ces deux comportements sont-ils forcément liés ?

 

Pourquoi faire du mal aux animaux ?

D’aussi loin que nous nous en souvenons, nous avons sûrement tous fait indirectement du mal à une petite bête. Pour ma part, c’était les lézards. J’avais entendu dire que si leur queue était coupée, celle-ci repoussait. J’ai donc testé. Mais dans ma petite tête, je pensais que la queue du lézard allait renaître de ses cendres immédiatement. J’ai donc été meurtrie de constater que ce n’était pas le cas. C’est ce qui va différencier un comportement normal (éprouver un mal-être relatif face à ce qui a été fait) d’un comportement problématique (ressentir du plaisir face à l’acte en lui-même)

D’autres motivations peuvent amener des enfants à se montrer cruels avec des animaux :

  • La curiosité
  • Sous la pression d’autres jeunes
  • A cause d’une phobie des animaux (l’attaque est alors préventive)
  • Enfant victime qui retrouve un sentiment de pouvoir en s’en prenant à plus vulnérable que lui
  • Par imitation (l’enfant reproduit une scène qu’il a vu chez lui ou ailleurs)
  • Par abus émotionnel (blesser l’animal d’un frère ou d’une sœur afin de provoquer une souffrance)

Nuire aux animaux c’est s’attaquer à un être perçu comme plus faible que soi et qui ne pourra pas révélé ce qui se passe. Des tueurs en série ont expliqué qu’ils s’en sont pris d’abord à un animal parce qu’ils avaient ressenti une colère suite à un rejet, réel ou imaginé. Plutôt que de s’en prendre directement à la personne qui leur a fait ressentir cette exclusion, ils ont commencé à reprendre leur pouvoir sur quelque chose de plus « facile », comme un chat ou un petit chien.

Ceux qui commettent la maltraitance sur les bêtes seraient significativement plus susceptibles de continuer leurs actes sur des êtres humains, mais les études peuvent parfois se montrer un peu contradictoires sur ce sujet. Cependant, il y a eu l’exemple de cet homme qui avait pour habitude, depuis son adolescence, de maltraiter sexuellement les animaux de la ferme de ses parents et finissait par leur trancher la gorge. Une fois jeune adulte, il a fait exactement la même chose avec des femmes. Mais il y a eu aussi un certain nombre de tueurs qui ont adoré et adorent encore les animaux. Ils disent qu’ils ne pourraient pas leur faire du mal, contrairement à leurs victimes humaines.

 

Un lien dans la cruauté sur l’animal et l’humain ?

Tout démarre par un besoin de pouvoir ! Se sentir fort par rapport à un autre être vivant. Souvent d’âge jeune (enfant ou ado), l’individu qui s’en prend à l’animal ne peut physiquement ou moralement pas s’en prendre à la personne, généralement adulte, qui le contrarie. Mais ce type de passage à l’acte ne reflète pas forcément une colère. Il peut aussi s’agir d’un plaisir éprouvé pendant la torture ou la mise à mort de l’animal. En grandissant, le plaisir de faire du mal à ce type de victime s’essouffle. Il y a alors ce que l’on appelle une « graduation » victimologique” : d’abord l’individu « s’entraîne » sur des animaux puis passe ensuite à l’acte sur des humains.

Il est également possible que maltraitance animale et humaine commence en même temps ! Prenons l’exemple de ce pré-ado qui s’en prenait aux enfants de l’école environnante et une fois rentré chez lui, continuait ses méfaits sur son propre chat. Sa violence se manifestait aussi bien sur l’un que sur l’autre. Il disait avoir besoin de cette emprise sur ses congénères et qu’il ne supportait pas d’être contrarié.

Des études ont démontré un lien entre la cruauté envers les animaux et la violence sur les humains. Notons aussi l’agression interpersonnelle, notamment dans les cas de violence familiale où l’individu finit par assassiner sa victime mais va également tuer l’animal de compagnie. Certains ont agi ainsi parce que la bête était, à leurs yeux, une extension de la victime, d’autres l’ont fait parce qu’il y avait encore de la colère en eux : ils ne voulaient plus rien de vivant dans la maison.

 

Que faire si un enfant se montre cruel envers les animaux ?

Par précaution, chaque situation doit être évaluée individuellement. Il faut aussi différencier les actes “d’expérimentation” des actes “pathologiques” !

– Entre 1 et 6 ans, l’enfant expérimente sa curiosité généralement sur l’animal de compagnie de la famille. A cet âge là, le petit pense qu’il peut traiter les animaux comme il traite ses jouets ! Il n’a pas forcément conscience du mal qu’il peut faire. Il faut donc expliquer à l’enfant qu’il ne doit jamais maltraiter un animal ou toute autre personne vulnérable. Il faut aussi éviter de le laisser seul avec les animaux de compagnie, notamment pour des raisons de sécurité pour l’enfant. Et si ce dernier est en âge de comprendre, il convient de le mettre dans la situation inverse et de lui demander si il accepterait d’être traité ainsi.

– De 6 à 12 ans, l’enfant doit comprendre intellectuellement qu’il n’est pas acceptable de maltraiter des animaux. Mais si ce dernier continue et semble y prendre du plaisir, il s’agit là d’un symptôme qui relève d’un problème psychologique plus profond. Il faut bien comprendre qu’il n’est pas normal qu’un jeune de cet âge (ou plus) violente intentionnellement des animaux. A partir de là, il faut rechercher une aide professionnelle et extérieure afin que l’enfant suive une thérapie.

– Pour les adolescents qui agressent ou tuent des bêtes, il peut s’agir d’un comportement antisocial qui doit être surveillé par des thérapeutes. Les ados peuvent aussi faire partie de gangs où l’abus animal est quasi-obligatoire pour être accepté par ses pairs. Il y aura donc une pression pour passer à l’acte. Mais dans de nombreux cas, l’adolescent utilise ce moyen pour éprouver un sentiment de contrôle/pouvoir. Il convient là aussi de le faire suivre par un psychologue ou un psychiatre.

Pour conclure, il ne faut surtout pas dramatiser un acte de violence commis contre un animal : cela ne signifie pas que l’enfant va devenir un maniaque du crime… Répétons que chez le jeune enfant, sa curiosité naturelle peut le mener à faire des expériences désagréables à l’encontre des animaux. C’est l’éducation qui lui fera comprendre ce qu’il peut faire et ne peut pas faire.

Soyons néanmoins sensibles aux jeunes qui s’en prennent violemment et régulièrement aux animaux pour défouler leur colère suite à un problème. Et l’observation la plus importante étant l’enfant ou l’ado qui prend plaisir à voir souffrir un animal. Il faut intervenir immédiatement et trouver la cause de tels abus.

2Pour en savoir plus, vous pouvez vous procurer le livre “Le lien : violences sur les animaux et les humains” ! De nombreux philosophes, parmi lesquels saint Thomas d’Aquin, Locke, Kant et Schopenhauer, ont supposé qu’il existait un lien entre la cruauté envers les animaux et la violence envers les personnes. Depuis une quarantaine d’années, des études statistiques, psychologiques et médicales ont permis d’en savoir progressivement davantage sur cette question, et les preuves empiriques à l’appui de cette thèse sont aujourd’hui solides. Dans ce livre, des spécialistes de réputation internationale examinent en détail les relations entre la maltraitance d’animaux et la maltraitance d’enfants, le développement émotionnel de l’enfant, la violence familiale ou les meurtres en série. Les implications de ces relations en matière de législation et de politique sociale y sont expliquées. Si vous vous sentez concerné par ce débat, en raison de votre spécialisation universitaire ou parce que votre activité professionnelle vous met en contact avec des victimes humaines, animales ou avec des auteurs d’actes de maltraitance, si vous vous occupez d’enfants, êtes prestataire de soins, visiteur de santé, vétérinaire, représentant de la loi, chercheur en sciences sociales, juriste, psychologue, criminologue, ou si vous êtes impliqué dans la protection des animaux, alors ce livre vous est indispensable. Il s’agit de l’ouvrage le plus complet sur le lien entre maltraitance animale et violence envers les personnes.

——————————————————————————————————————

Crédit photo © « Anonymous person with knife » | By Freepik

——————————————————————————————————————

Cet article vous semble intéressant ? Partagez-le autour de vous !

Sylvia Bréger on FacebookSylvia Bréger on LinkedinSylvia Bréger on Twitter
Sylvia Bréger
Sylvia Bréger est criminologue et correspondante scientifique auprès de la Gendarmerie Nationale (SCRC - Service Central du Renseignement Criminel, Pontoise)

Avec plus d'une centaine d'interventions par an auprès de différentes institutions privées et publiques, les participants sont formés à la criminologie, au langage non verbal, à la détection du mensonge et sur l'art d'observer et de mieux comprendre les autres.

Sylvia Bréger collabore avec les entreprises et le système judiciaire à travers des conférences, des formations, des débats et du consulting.