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Pouvons-nous réellement améliorer la capacité d’empathie de nos enfants ? C’est une question que me posent souvent des parents ou des professionnels de l’enfance. Et ma réponse est toujours un écrasant « oui ». L’empathie s’apprend, se développe, sauf en cas de pathologie psychologique sévère. C’est une question qui devient préoccupante dans ce monde où la violence est de plus en plus visible, aussi bien dans le virtuel que dans la réalité. Alors, existe-t-il des drapeaux rouges qui pourraient nous avertir qu’un enfant est faiblement empathique ? Comment “enseigner” l’empathie aux enfants et aux adolescents ? Voyons tout cela de plus près…


Les signes du manque d’empathie

Pour commencer, donnons une signification simple au mot « empathie » ! Il s’agit d’une capacité émotionnelle qui consiste à se mettre à la place de l’autre pour mieux comprendre ses sentiments, en ressentant les émotions qui le traverse. Ici, pas de jugement. Seulement de la compréhension, de la compassion, de l’écoute. C’est l’essence même de ce que devrait être l’humanité. Vous comprenez pourquoi il est essentiel de développer l’empathie chez nos enfants.

Mais notons que les très jeunes enfants ne sont pas empathiques dans le sens du terme. Et cela est normal. L’empathie va se développer progressivement avec l’âge, certes, mais aussi en fonction de leur éducation. A présent, développons les signes avant-coureurs du manque d’empathie :

  • l’enfant ou l’adolescent se montre indifférent à la douleur d’autrui. Il ne ressent pas de préoccupation pour la souffrance vécue par une personne proche ou non. Il peut même y trouver du plaisir et en rire.
  • Le jeune se montre insensible face à des situations où il devrait y avoir des réactions d’inquiétude, de tristesse ou de soutien.
  • Il ne complimente jamais ses parents, ses camarades, ni qui que ce soit. Il n’a pas cette capacité à donner un retour positif aux autres.
  • Il n’accorde pas d’intérêt aux propos des autres. Il n’écoute pas ce qu’on lui dit.

Pour que le développement empathique soit bon, l’enfant doit évoluer dans un contexte familial chaleureux et attentionné. Il faut lui apprendre ce qui est bien et ce qui est mal. Tout comme nous lui apprenons à lire ou à compter. Et n’allez surtout pas croire qu’un jeune empathique sera hyper-sensible et incapable de se préserver dans la vie. Ou qu’il souffrira plus que les autres car trop sensible. L’hyper-émotivité peut aussi être canalisée. Développer l’empathie de l’enfant l’amènera au contraire à mieux ressentir les choses et donc, parfois, le danger ! Il évoluera vers le courage et la gentillesse.

Bien que les chiffres qui vont suivre ne sont pas français, les recherches ont pourtant relayé un fait intéressant mais qui doit aussi nous questionner. Il y a quelques années, une étude de l’Université du Michigan a montré que les étudiants n’étaient plus aussi empathiques qu’avant. Le niveau d’empathie des adolescents aurait ainsi été réduit de 40% alors que le narcissisme aurait augmenté de 58%.


Pourquoi l’empathie diminue-t-elle chez les jeunes ?

Le Docteur James Fallon, neuroscientifique, explique que les gènes pourraient engendrer des enfants de moins en moins empathiques dans l’avenir. La génération actuelle serait en perte de vitesse au niveau de l’empathie et elle est, notamment, plus exposée à la violence qu’avant. Si dans un couple, l’homme et la femme ont tous deux une empathie pauvre, cela pourrait aussi être le cas de leurs enfants.

D’autres raisons pourraient expliquer cet affaiblissement empathique. Prenons en compte la sur-exposition aux médias et aux réseaux sociaux. Les jeunes grandissent souvent avec les jeux vidéo et il semblerait que cette violence « virtuelle » engourdissent les gens fasse à la douleur des autres. Une fois connectés à un mobile, sur une tablette ou un PC, beaucoup ne sont pas enclins à se déconnecter pour répondre à l’entourage réel. Un comportement qui peut se poursuivre hors ligne.


Idées pour élever des enfants bienveillants

Pour qu’un enfant développe sa bienveillance, les adultes doivent leur donner les moyens de répondre aux préoccupations et au chagrin d’autrui. Cela va augmenter leur capacité empathique. Voici quelques conseils pour que l’enfant soit heureux tout en étant attentionné :

1/ Nous avons appris à lire les visages instinctivement. Certains mieux que d’autres. Le contact visuel est donc important pour qu’un enfant comprenne l’état émotionnel de son interlocuteur. C’est pourquoi, lorsque nous lui parlons, il est essentiel de se mettre à la hauteur de ses yeux afin qu’il puisse lire notre visage. Et puis cela est moins agressif pour lui.

2/ Les moments en famille doivent être sacrés. Dès leur plus jeune âge, il faut apprendre aux jeunes que pendant les goûters ou dîners, tous les membres de la famille viennent à table sans appareils numériques. Les conversations n’en seront que plus constructives et la concentration envers les autres sera plus forte.

3/ Il existe des livres qui parlent des émotions, y compris pour les tout-petits. Découvrez ces bouquins avec eux afin qu’ils comprennent et enregistrent comment fonctionne une émotion et surtout comment la reconnaître ! Discutez de leur propre état émotionnel afin qu’ils puissent montrer leurs sentiments, selon différents contextes. Savoir identifier les sensations personnelles permet de mieux cerner les gens qui nous entourent.

4/ Complimentez sa personnalité autant que son comportement. Cela a plus d’impact de féliciter le trait de caractère d’un jeune que de le récompenser pour ce qu’il était censé faire :
– « Je suis fièr(e) de toi : tu aimes aider les autres. Tu es attentionné(e) et serviable »

5/ Placez votre enfant à la place des autres afin qu’il développe sa capacité empathique et d’analyse :

– « Si Pierre prenait ta peluche préférée sans rien te demander, comment te sentirais-tu  ? »
– « A cause de cette tempête, les enfants et leur famille ont tout perdu. A ton avis, que peuvent-ils bien ressentir ? Comment pourrions-nous les aider ? »
– « Ton copain a une vilaine grippe. Je me demande s’il y a moyen de pouvoir lui apporter du soutien. Qu’en penses-tu ? »

6/ Servez d’exemple ! Nous sommes l’image représentative et puissante que notre enfant va vouloir copier dans ses propres actions. Alors montrez-lui que vous aussi vous êtes intéressé(e) par ce que ressentent les autres. Par exemple, en cédant votre place à une personne âgée, en écoutant et aidant un(e) ami(e) qui ne va pas bien ou en prenant des nouvelles autour de vous. Expliquez-lui que cela fait du bien à la personne qui reçoit ce réconfort, mais que cela est aussi une bonne chose pour nous !

Lorsque les jeunes sont témoins de cela, l’empathie est activée et ils seront plus susceptibles d’incorporer cette façon de faire dans leurs actions quotidiennes.

7/ Lorsque l’enfant rentre de l’école, les parents ont tendance à le questionner sur ce qu’il a fait durant sa journée. Intéressons-nous aussi à ce qu’il a pu ressentir : « Qu’as-tu appris aujourd’hui ? Et qu’as-tu fait de gentil ? »

Nos enfants sont tous bons à la naissance, mais leur capacité d’empathie peut tout à fait être renforcée. Et c’est elle qui consolidera sa conviction morale et son courage 🙂

Ci-dessous, je vous ai préparé une petite vidéo sur l’empathie des enfants. Bonne visualisation 😉


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Sylvia Bréger
Sylvia Bréger est criminologue. Durant 11 ans, elle a également été correspondante scientifique auprès de la Gendarmerie Nationale (SCRC - Service Central du Renseignement Criminel, Pontoise)

Avec plus d'une cinquantaine d'interventions par an auprès de différentes institutions privées et publiques, les participants sont formés à la criminologie, au langage non verbal, à la détection du mensonge et sur l'art d'observer et de mieux comprendre les autres.

Sylvia Bréger collabore avec les entreprises et le système judiciaire à travers des conférences, des formations, des débats et du consulting.