crowd-of-people-1209630_1280

Pouvoir détecter le mensonge pour mieux replacer la vérité à sa juste place, voici un pouvoir qui donne lieu à de nombreuses théories sur la question. Mais… repérer la tromperie est très difficile et infiniment délicate. Alors, comment identifier les signaux ? Comment fonctionne la relation “détecteur et éventuel menteur” lors d’une communication ? C’est ce qui va nous intéresser aujourd’hui dans cet article.

 

Le fonctionnement du mensonge

L’objectif du menteur est simple : nous faire croire qu’il est honnête. Nous l’avons tous fait à un moment de notre vie. Celui qui ment connaît la vérité et et décide de tromper autrui en pleine conscience.

Pour cela, l’attention du menteur se porte sur les mots, la construction logique de l’histoire et sur le contrôle du comportement. Ainsi, dans une communication où l’on cherche à connaître la véracité d’une conversation, il y a d’un côté celui qui pose les questions en scrutant les réponses et le comportement, et de l’autre, celui qui répond, soit en étant honnête, soit en cachant la vérité.

Lorsque nous racontons une histoire vraie, nous ne nous soucions pas vraiment de l’attitude que nous adoptons. Nous relatons les faits, c’est tout ! Néanmoins, si nous sentons de la suspicion chez l’interlocuteur, ou si l’environnement met mal à l’aise (garde à vue), nous pouvons adopter une posture d’inconfort. La peur de ne pas être cru peut avoir de vraies conséquences sur notre contenance.

Et puis il convient de différencier plusieurs styles de mensonges. En voici quelques exemples :

1/ Le mensonge du quotidien

2/ Le mensonge à forts enjeux personnels

3/ Le mensonge incorporé dans une déclaration véridique

4/ Le mensonge perçu comme une vérité

 

10Le mensonge du quotidien

Pour le menteur, il n’y a pas de réels enjeux dans les mensonges du quotidien. Ce sont de petites tromperies sans conséquences, ni pour le menteur, ni pour le destinataire du message. « L’imposture » est souvent très rapide et personne ne s’étale sur le sujet. Par exemple, quelqu’un nous demande comment nous allons, nous répondons « ça va bien, merci »… alors qu’en réalité nous sommes fatigués et contrariés. Le fait de mentir sur ce thème ne malmène pas notre charge cognitive car le mensonge est simple. C’est pour cela que les mensonges du quotidien sont difficiles à repérer : pas de véritables enjeux pour le menteur et le destinataire + rapides et simples à mettre en place. Il y a donc peu de chance de détecter des indices qui indiquent le contraire de ce qui est dit, sauf pour un œil averti !

10Le mensonge à forts enjeux personnels

Lorsque la personne est obligée de mentir parce qu’il y a un enjeu majeur, la peur de se faire repérer augmente le stress. Néanmoins, n’oubliez jamais que des signaux de stress ne sont pas de bons indices de mensonge. La tromperie à forts enjeux personnels laisse fuiter des incohérences, autant verbales que non verbal. Mais l’incongruence des mots est plus fiable que celle de la gestuelle. Nous générons autant de signes liés à la gêne lorsque nous sommes accusés à tort ou à raison.

Dans un cas beaucoup plus rare, un enjeu important peut amener le menteur à parfaire son mensonge. La crainte d’être démasqué à cause d’une sanction, fait que la tromperie ne laissera rien fuiter. Celui qui ment joue le tout pour le tout. Cela peut aussi signifier que le menteur peut en arriver à croire à son propre mensonge.

10Le mensonge incorporé dans une déclaration véridique

C’est une technique très utilisée par les bons menteurs ! Il s’agit d’incorporer un mensonge entre une ou deux vérités. Par exemple, un individu raconte son parcours en tant que policier infiltré dans un gang afin de ramener le maximum de preuves qui ont permis l’arrestation de tous les membres. Il donne de nombreux détails sur ce clan, les lieux et les infractions multiples auxquelles se livraient les délinquants. En réalité, l’individu en question n’a jamais été policier et ne s’est jamais infiltré pour permettre une quelconque arrestation. En revanche, il faisait partie du gang et participait activement aux délits et crimes du groupe. Il a menti pour se donner le bon rôle et pour cela, il a utilisé un mensonge glissé à côté d’une vérité retravaillée.

Une technique qui complexifie la détection du mensonge car cette demi-vérité apporte de la crédibilité au discours et au comportement général. Seule une partie de l’histoire doit être fabriquée. Il ne s’agit pas d’un mensonge crée de A à Z qui peut laisser des indices visibles de tromperie.

10Le mensonge perçu comme une vérité

C’est ce que les chercheurs de mensonges redoutent le plus. Il ne s’agit pas d’une technique employée par les menteurs. Celui qui ment sait qu’il berne les autres à travers un récit faux. L’individu qui perçoit son mensonge comme étant une vérité va chercher à se convaincre que ce qu’il dit est vrai ! Peut-être un système de défense qui plonge dans le déni parce que incapable de se rendre à l’évidence ou parce que cette projection est plus conforme à sa réalité. C’est l’inconscient qui vient soulager la véracité des faits que la conscience ne peut pas accepter. La personne qui croit en ses propres mensonges expose très souvent un verbal et un non verbal cohérents. Cela rend quasiment impossible la détection de la tromperie.

 

Repérer les mensonges ou évaluer la vérité ?

En règle générale, l’humain est plus apte à déceler la vérité plutôt que le mensonge. Rappelons qu’il n’existe pas de gestes relatifs à la tromperie. Et ce qui complexifie grandement la détection du mensonge c’est que les gens ignorent quelle méthode va être utilisée par les menteurs pour tromper leur monde. Nous mentons tous de façon différente et chacun à sa façon d’observer ! Mais deux choses permettent de mieux identifier la fabulation, lorsqu’il y en a une :

1/ Observer les différences entre l’attitude naturelle de l’interlocuteur et son attitude contextuelle, lorsque nous abordons le sujet où il pourrait y avoir un éventuel mensonge
2/ Prendre en compte les principaux traits de personnalité de l’individu

Vous l’avez compris, le fait de connaître la personne en question, simplifie l’analyse du comportement. La tentative de détection sur une personne inconnue est beaucoup plus délicate. Si il y avait un conseil à donner en matière de décodage, c’est de porter davantage son attention sur le verbal de l’interlocuteur car il est bien plus porteur de signaux de mensonge que le non verbal. Suivant le contexte et la façon dont on pose les questions, cela peut produire des gestes liés à la gêne. Il faut bien comprendre qu’être accusé à tort génère autant de stress qu’être accusé à raison ! Cette signalétique du malaise n’est donc pas un élément suffisamment fiable différenciant “mensonge” et “stress”.

Il en va de même pour cette idée reçue qui concerne les yeux : il n’y a pas de relation entre le regard et le mensonge. Les quadrants du regard, eux, ne sont pas non plus suffisamment concluants (lire cet article sur le sujet)

Des études ont expliqué qu’un individu mentant sur une situation où il y aurait un enjeu important, subirait une charge cognitive tellement lourde que sa gestuelle diminuerait très significativement. Néanmoins, lors de tests sur le sujet, j’ai pu observer que certaines personnes pouvaient mentir en faisant autant de gestes que lorsqu’elles racontaient la vérité. Qu’est-ce que cela pourrait signifier ? Et bien que la charge cognitive peut effectivement diminuer les mouvements corporels, mais que les émotions liées à la peur pourraient bien augmenter ces mêmes mouvements. Comme quoi chez l’humain, rien n’est statique !

Il convient également de ne jamais commencer un quelconque entretien en accusant directement l’autre : cela est contre-productif. Les questions dites « ouvertes » offrent de biens meilleures perspectives de réponses et d’analyse d’une tromperie éventuelle.

Ainsi, pour évaluer au mieux la vérité, il faut retenir ces 3 points essentiels :

1/ Étudier la baseline
2/ Ne jamais accuser directement
2/ Savoir poser les bonnes questions de la bonne façon

J’espère que cet article vous permettra d’avoir un meilleur angle de vue sur la complexité de la détection du mensonge et sur ces quelques pistes qui permettent de mieux évaluer la vérité.

Et si vous voulez aller encore plus loin et en savoir plus sur les menteurs, procurez-vous le Kit des révélations sur le mensonge : cliquez ici

A bientôt !

———————————————————–

Ce sujet vous semble intéressant ? Partagez-le avec vos contacts !

Sylvia Bréger on FacebookSylvia Bréger on LinkedinSylvia Bréger on Twitter
Sylvia Bréger
Sylvia Bréger est criminologue et correspondante scientifique auprès de la Gendarmerie Nationale (SCRC - Service Central du Renseignement Criminel, Pontoise)

Avec plus d'une cinquantaine d'interventions par an auprès de différentes institutions privées et publiques, les participants sont formés à la criminologie, au langage non verbal, à la détection du mensonge et sur l'art d'observer et de mieux comprendre les autres.

Sylvia Bréger collabore avec les entreprises et le système judiciaire à travers des conférences, des formations, des débats et du consulting.